Club de lecture Le bouche à oreille | Instytut Francuski w Polsce

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Club de lecture Le bouche à oreille Les recommandations d'avril 2026

08/05/2026
Club de lecture Le bouche à oreille
En avril, notre club de lecture a quelque peu tenu… du club de voyage  ! Rassemblés autour du thème Regards sur l’étranger, nous avons fait le tour du monde — Iran, Japon, États-Unis, Maroc, Russie notamment — nous recommandant les uns aux autres des œuvres littéraires qui sont autant de fenêtres ouvertes sur l’ailleurs. La plupart peuvent être empruntées à la médiathèque (n’hésitez pas !). Et maintenant, écoutez-nous vous parler de nos coups de cœur…
 

Pascal

« Né en 1932, Ryszard Kapuściński a exercé le métier de reporter pour l’Agence de Presse Polonaise pour laquelle il fut correspondant en Afrique, Asie et Amérique du Sud. Il est l’auteur de nombreux livres (traduits en français) dans lesquels il a relaté son expérience à travers des pays rongés par les guerres et les révolutions. Le petit ouvrage Cet autre est un petit essai sur l’altérité qui rassemble quatre conférences données en 1990, 2003 et 2004. Ce texte très abordable est le fruit de ses très nombreuses expériences et rencontres.

Au début, Kapuściński replace la notion "d’Autre" (ou d’étranger) dans un large contexte historique, depuis les lointaines tribus qui pouvaient faire le choix de coopérer ou de se battre, il traverse les époques, celle des conquêtes du monde, de l’invasion des conquistadors, de l’esclavagisme, de l’époque des lumières, de la décolonisation jusqu’au comptes-rendus des ethnologues ou des travaux de philosophes tels que Levinas qui nous appelle à traiter "l’autre" non seulement comme un égal au regard de nos cultures, mais aussi à l’accueillir activement. Les parties suivantes traitent du sujet de manière plus subjective, remettant en question l'eurocentrisme. L’auteur tente de nous expliquer que chacun possède une couleur de peau et peut se trouver en "situation d’étrangeté" dans un monde hyperconnecté et globalisé, où une grande partie de la population mondiale issue de cultures différentes a désormais voix au chapitre. Il dénonce notamment le danger du racisme et du nationalisme jamais exempts de haine et d’ignorance. »

  • À emprunter / réserver  : Cet Autre de Ryszard Kapuściński (traduit par Véronique Patte)
  • À emprunter / réserver  : les 22 autres livres de cet auteur.

 

Magdalena nous a parlé de la trilogie de Leïla Slimani intitulé Le pays des autres. L’histoire d’une Alsacienne qui émigre au Maroc et qui fait l’expérience de l’altérité et de l’étrangeté, et dont nous suivrons l’histoire de la famille sur plusieurs générations.

  • À emprunter / réserver  : les trois tomes du Pays des autres de Leïla Slimani.
  • À emprunter / réserver  : les 11 livres de cette autrice.

 

Olga

« Pour moi, le club de littérature française est une occasion de découvrir de nouvelles œuvres, de nouveaux noms et leur histoire. Pour la lecture, j’ai choisi le premier roman de Camus, L’Etranger, dont l’action se déroule dans l’Algérie coloniale. Par un heureux hasard, le titre coïncidait avec le thème du club, mais ici il porte un autre sens - tout au long de l’œuvre, le protagoniste reste étranger aux normes de la société, indifférent à sa propre vie comme à tout ce qui se passe autour de lui. Je m’attendais à une description détaillée de la nature et du climat du Sud, mais la seule chose que l’on ressent, c’est une chaleur accablante, un soleil brûlant et l’absurdité qui règne dans l’air.
Au cours de la lecture, j’ai parallèlement fait connaissance avec un autre étranger, plus intéressant encore - Monsieur Camus lui-même, écrivain français né en Algérie et dont la vie s’est révélée assez riche et impressionnante, bien que brève. Il était écrivain, philosophe, lauréat du prix Nobel, fils, frère, mari, père, dramaturge, acteur, reporter, journaliste résistant et amant. Je conseille de lire son roman autobiographique posthume Le premier homme, où il décrit son enfance et sa jeunesse en Algérie, ainsi que sa Correspondance avec Maria Casarès, qui comprend plus de 800 lettres échangées pendant de longues années. »

 

Natalia

« Persepolis est une bande dessinée autobiographique, à la fois drôle et morbide. Marjane Satrapi raconte son enfance et sa jeunesse en Iran avant, pendant et après la révolution islamique. Élevée dans une famille d’orientation politique moderne et communiste, Marjane est elle-même une sorte d’étrangère dans son propre pays et sa propre culture. Après la chute du Shah, ses parents l’envoient étudier à Vienne pour la sauver de la dureté du nouveau régime. Finalement, cela l’empêche de trouver sa propre place dans le monde. Voilà une histoire profondément personnelle et sincère, mais racontée aussi avec beaucoup d’humour. »

  • À emprunter / réserver  : les quatre tomes de Persepolis (en français ou en polonais) de Marjane Satrapi
  • À emprunter / réserver  : les 18 livres de cette autrice.

 

Agnieszka

« J'ai décidé d'amener mes co-lecteurs au Japon. Pour bien illustrer et faire découvrir ce pays et sa culture, j'ai choisi le livre de Maxence Fermine intitulé Neige. C'est l'histoire de Yuko Akita, un jeune homme japonais, qui a deux amours dans sa vie  : la neige et le haïku. Dans ce roman, le calme et le charme poétique se font sentir. Nous y trouverons tous les emblèmes du Japon  : les cerisiers en fleur, la cérémonie du thé, les samouraïs, l'empereur. C'est une œuvre très épurée, qui se rapproche de la simplicité du haïku. Elle fait vraiment rêver et, suite à sa lecture, j'ai ajouté le Japon sur ma liste de pays à visiter. » 

  • À emprunter / réserver  : Neige de Maxence Fermine (dans les collections de la médiathèque à Cracovie, mais nous pouvons le faire venir pour vous)

 

Grégory

« Mississippi, le cœur perdu des États-Unis, de Christian Montès - L'auteur de cet ouvrage fut mon professeur à l'université Lumière-Lyon 2 en Géographie. Aussi, quand j'ai vu sur le présentoir de la Médiathèque trôner ce livre, j'ai tout de suite eu la curiosité de me plonger dans l'exposé de ce fleuve iconique des États-Unis. Et je fus agréablement surpris, car au-delà de l'exposé empirique, géographique et historique (notamment comment le Mississippi coupe le pays d'est en ouest, mais aussi du nord au sud), on découvre à travers ce fleuve d'autres aspects comme la biologie (des arbres jusqu'aux différents insectes et espèces d'oiseaux rencontrés le long des 3700 km du cours d'eau), la sociologie (particulièrement les inégalités sociales rencontrées dans l'espace et le temps), mais aussi la culture (les influences artistiques, les films tournés localement, la musique prégnante comme le Blues...). Bref, Christian Montès non seulement nous emmène au plus proche du Mississippi dans ses formes physiques et structurelles, mais aussi nous livre un regard humain et hétéroclite sur un fleuve mythique, tout en évoquant certaines problématiques comme le réchauffement climatique. »

 

« Vladivostok, neiges et moussons, de Cédric Gras - Cédric Gras, connu pour ces récits de voyages et sa passion pour l'alpinisme, et pour avoir fait ses études principalement à l'étranger (Québec, Inde et Russie), débarque un beau jour à Vladivostok pour y enseigner à l'université locale puis pour y ouvrir une Alliance française. Son livre évoque la confrontation entre le mythe et la réalité, le mythe et la fascination d'une ville du bout du monde, et la réalité d'une ville froide, presque hostile au premier abord (une ville d'ailleurs fermée aux étrangers à l'époque de l'URSS) et au climat complexe (neige, puis boue, moussons, et chaleur estivale).

Ce livre décrit avec précision, et non sans une atmosphère particulière, la façon progressive qu'il a d'apprivoiser cette ville extrême en tout point et ses habitants. Il offre un regard optimiste et constructif sur son acclimatation à Vladivostok, et nous donne même une leçon de patience et d'abnégation quant à sa manière de s'imprégner et s'approprier un lieu méconnu et foncièrement étranger, et de sortir de sa zone de confort. »

 

Marek

« Je vous écris de Téhéran, de Delphine Minoui. – C’est sous la forme d'une lettre posthume à son grand- père que l'autrice, née de mère française et de père iranien, raconte les douze années qu’elle a passées en Iran au tournant des XXe et XXIe siècles. La journaliste franco-iranienne décrit son pays d'origine avec un sens particulier de la beauté et de l’émotion. Son histoire personnelle touche à la fois au présent et au passé de ce pays fascinant. La reporter n’est pas sans ignorer les problèmes auxquels est confrontée la société iranienne contemporaine. Le traumatisme laissé par la guerre qui a opposé l’Iran et l’Irak pendant huit années a notamment intensifié les sentiments religieux et nationalistes auxquels la chute du Shah et l’euphorie collective qui s’en était suivie avaient donné un grand essor. L'autrice évoque l’espoir suscité par l’arrivée d’un dirigeant réformiste à la fin du XXe siècle, mais aussi le désenchantement causé par la fin de cette période de détente politique. Finalement, l’autrice franco-iranienne quittera l’Iran, son pays tout à la fois rêvé et redouté. »

 

Frédéric

« L’Usage du monde de Nicolas Bouvier, illustré par Thierry Vernet, est l’un de mes livres favoris. Celui vers lequel se portent mes pensées quand j’ai besoin de réconfort. L’auteur suisse, devenu un classique de la littérature de voyage de langue française, y raconte son premier long voyage, effectué en 1953-1954 avec son ami Thierry Vernet, de son pays natal aux frontières de l’Inde. Un voyage qui, à travers les Balkans, la Turquie, l’Iran et l’Afghanistan, tient toute sa promesse — initiatique, inattendue et bouleversante  : "On croit qu'on va faire un voyage, mais bientôt, c'est le voyage qui vous fait, ou vous défait". L’écriture de Nicolas Bouvier parle à nos sens comme nulle autre  : les odeurs de fruits et de fleurs, les couleurs vives et profondes, les mélodies et les bruits typiques du monde oriental… Ce très beau texte ne verse pas dans l’exotisme  : il témoigne de l’attention et du respect que Nicolas Bouvier éprouvait pour les femmes et les hommes qu’il rencontrait en chemin. Un homme qui se laissait surprendre par l’Autre. »