Journée internationale des femmes et des filles de science  | entretien avec Martą Klemens (Université des sciences de la vie et de l’environnement de Wroclaw) | Institut français en Pologne

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Journée internationale des femmes et des filles de science  | entretien avec Martą Klemens (Université des sciences de la vie et de l’environnement de Wroclaw)

11/02/2026
Journée internationale des femmes et des filles de science  | entretien avec Martą Klemens (Université des sciences de la vie et de l’environnement de Wroclaw)
A l’occasion de la Journée internationale des femmes et des filles de la science célébrée le 11 février, le pôle de coopération scientifique et universitaire de l’Institut Français de Pologne et de l’Ambassade de France en Pologne, s’est entretenu avec Marta Klemens, chercheuse en biologie, spécialisée en science des aliments et en biologie végétale à l’Université des sciences de la vie et de l’environnement de Wroclaw .

Pouvez-vous nous parler de votre domaine de recherche actuel ?
M. K. : Mon parcours scientifique a commencé par la chimie analytique et les huiles essentielles des plantes. Avec le temps, il s’est élargi de façon assez naturelle vers plusieurs domaines connexes. Aujourd’hui, ma thèse de doctorat porte sur la manière dont le profil des composés volatils et bioactifs change pendant le séchage des plantes.

Le séchage est la méthode la plus courante pour conserver les herbes et les plantes que nous avons tous chez nous, comme le basilic, l’origan, le romarin, ou encore les plantes pour tisanes comme la menthe ou la sauge. C’est pour cela que je me concentre sur la sauge et le basilic  : ce sont des plantes populaires, facilement disponibles, mais aussi très différentes en termes de morphologie, de composition en huiles essentielles et de structure des glandes où ces huiles sont stockées. Cette diversité constitue une base très intéressante pour la comparaison scientifique. 

Quel est l’objectif principal de vos recherches ?
M. K. : Dans mon travail, j’étudie comment le séchage affecte les composés précieux responsables de l’arôme, de la saveur et des propriétés bénéfiques pour la santé. Une partie essentielle de mes recherches concerne les revêtements lipophiles, qui, selon notre hypothèse, peuvent réduire la perte d’huiles essentielles pendant le séchage.

Nous avons observé que ces revêtements influencent non seulement la composition chimique des huiles essentielles, mais aussi la cinétique de séchage, la préservation des glandes à huiles et, bien sûr, les propriétés sensorielles des herbes. 

Vous avez effectué un séjour de recherche en France. En quoi cette expérience a-t-elle été importante pour vous ?
M. K. : Obtenir cette bourse a été une étape très importante pour moi, un véritable jalon dans ma carrière. Pendant mon séjour, j’ai acquis une expérience pratique avec de nouveaux équipements analytiques, appris de nouvelles méthodes de recherche et obtenu une vision plus large de la manière dont la science peut être menée ailleurs.

J’ai aussi construit des contacts internationaux, ce qui est essentiel pour moi en tant que jeune chercheuse. Travailler dans un environnement multiculturel et découvrir différentes cultures académiques est extrêmement précieux. Je crois sincèrement que rien n’ouvre davantage l’esprit que le fait de voyager, d’échanger des expériences et d’apprendre auprès de chercheurs venant de différents pays. 

Pourquoi avoir choisi la France pour ce séjour scientifique ?
M. K. : Pour moi, la France était le choix idéal pour étendre mes recherches à l’étape du stockage des herbes, notamment en travaillant sur les substances lipophiles et les processus d’oxydation. Je cherchais une expertise solide et un accès à des équipements analytiques avancés que nous n’avons pas dans mon université en Pologne.

C’est ainsi que j’ai trouvé la professeure Caroline West. Ses recherches correspondaient parfaitement à mes besoins scientifiques. Elle a été très ouverte, très bienveillante, et a accepté de coopérer avec moi. Cette collaboration a non seulement renforcé mes recherches actuelles, mais elle a aussi ouvert la porte à de futurs projets scientifiques à plus grande échelle, entre chercheurs français et polonais. 

Y a-t-il une réalisation scientifique dont vous êtes particulièrement fière ?
M. K. : Je dirais que c’est le cœur de ma thèse  : les revêtements lipophiles et leur impact sur la préservation des huiles essentielles. Grâce à ces revêtements, nous conservons une quantité nettement plus élevée d’huiles essentielles après le séchage, tout en réduisant considérablement le temps de séchage — jusqu’à cinq à sept fois.

D’un point de vue écologique et industriel, c’est très important. Les glandes à huile sont moins endommagées, les herbes sentent mieux, et lors des analyses sensorielles, elles sont décrites comme plus attractives. 

Aviez-vous des modèles féminins en science lorsque vous étiez plus jeune ?
M. K. : La première femme scientifique qui me vient à l’esprit est Maria Skłodowska-Curie. C’était pratiquement la seule femme mentionnée à l’école. J’étais surtout fascinée par les femmes herboristes du passé, souvent appelées “sorcières”. Elles avaient une immense connaissance des plantes, une grande force et une détermination incroyable. Ce sont elles qui m’ont inspirée à explorer les plantes d’un point de vue scientifique. Catherine de Médicis, grâce à son mécénat et à l’introduction de savants italiens en France, a contribué au progrès de l’astronomie, de la médecine et des sciences naturelles. Au château que j’ai eu l’occasion de visiter pendant mon séjour en France – le Château de Chenonceau – j’ai pu voir la pharmacie et la clinique qu’elle avait établies, où travaillaient des médecins et des scientifiques remarquables, faisant progresser la médecine et les sciences naturelles. Bien qu’elle n’ait pas mené de recherches elle-même, ses actions ont créé les conditions favorables au développement du savoir en Europe au XVIᵉ siècle.

L’histoire des sciences est remplie de femmes dont les noms ont souvent été éclipsés par ceux de leurs collègues ou restés méconnus de leur vivant. Découvrir leurs parcours nous permet non seulement de reconnaître leurs réalisations, mais aussi d’inspirer les prochaines générations de filles et de jeunes femmes, en montrant que la passion, la détermination et la curiosité n’ont pas de genre, et que chacun·e peut contribuer à changer le monde. 

Quel message souhaiteriez-vous adresser aux jeunes filles et aux jeunes femmes qui souhaitent se lancer dans la science?
M. K. : Il est très important de croire en soi et de ne pas abandonner. Il ne faut jamais se dire “je ne peux pas”, car il existe toujours une autre façon d’atteindre ses objectifs.

En science, on ne peut pas tout prévoir. Parfois, on met plus de temps à trouver sa place, mais cela ne veut pas dire qu’on n’y arrivera pas. Si vous fleurissez plus lentement que les autres, cela ne signifie pas que vous fleurirez moins bien. Donnez-vous le temps.

Être une femme en science n’est pas toujours facile, mais je crois profondément que nous avons une force unique en nous. Il faut être ouverte aux opportunités, aux nouvelles idées, aux rencontres. Et surtout, ne jamais renoncer à ses rêves.